Les actionnaires sont-ils trop gourmands?

Il ne se passe pas de jours sans que dans les médias on vilipende les actionnaires en les accusant d’ en vouloir toujours plus et de pousser les entreprises à licencier, délocaliser, bloquer les salaires, exploiter leur personnel. Les actionnaires sont-ils les responsables de ces actions et le juste retour qu’ils attendent de leur investissement dans l’entreprise est-il exorbitant? N’est-ce pas plutôt une attaque facile pour éviter de se poser les bonnes questions et ne pas chercher à analyser les objectifs réels de ces décisions. Faut-il opposer pauvreté, dénuement, chômage, désindustrialisation à la voracité des actionnaires toujours en quête de gains plus élevés? C’est alors malheureusement là exonérer les responsables des politiques économiques et sociales de leur devoir de fournir aux citoyens un emploi, un logement décent, un revenu suffisant et un minimum d’épanouissement et de satisfaction dans leur vie quotidienne.

Les actionnaires sont-ils trop gourmands?

Tout d’abord il faut accepter la logique financière de l’entreprise, et celle de tout investissement réalisé par un individu, un ménage ou un actionnaire. Lorsque l’on décide d’investir et non de consommer, on le fait parce que l’on espère de cet investissement un retour dans le futur à la hauteur des attentes liées au choix de cet investissement. Quand on consomme on attend d’ailleurs aussi un retour (l’objet de cette consommation ) mais cette fois immédiat. Que l’on prête de l’argent ou que l’on investisse en capital, on attend ainsi en retour soit les intérêts du prêt soit les bénéfices de l’investissement en capital. Et la raison suggère que ce retour soit en phase avec les conditions économiques et de marché en vigueur au moment de l’investissement. Pour le prêteur ce seront les conditions des marchés financiers (le niveau du taux sans risque) et pour l’investisseur, cette rémunération minimale assortie d’une prime liée au fait que contrairement aux intérêts, la rémunération n’est pas garantie mais conditionnée par la réalisation d’un bénéfice par l’entreprise.

Le niveau de rémunération de l’actionnaire d’une entreprise se mesure par le rapport entre le bénéfice annuel réalisé (qui revient à l’actionnaire) et le montant de l’investissement en cause à savoir la valeur ou le prix de l’entreprise. En termes boursiers il s’agit du rapport entre le résultat net annuel (bénéfice) et la capitalisation boursière (valeur ou montant investi).

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Si l’on s’intéresse aux entreprises du CAC 40 (les 40 plus importantes entreprises cotées à Paris), la capitalisation boursière représente aujourd’hui  environ 1250 milliards d’euros et les résultats nets 2015 de ces entreprises 55 milliards d’euros. Ce qui conduit à une rémunération de 4,4% pour l’année 2015. On ne peut pas parler de montant exorbitant ni de niveau exagéré de rémunération, les actionnaires en voulant toujours plus. Il suffit de rappeler que sur les plateformes de prêts dit collaboratifs (entre particuliers et PME) le niveau des intérêts se situe entre 5 et 10%. D’autant que sur cette rémunération , les actionnaires en réinvestissent plus de 50% dans leurs entreprises pour leur permettre de réinvestir. Les investissements des sociétés du CAC 40 en 2015 représentent 79 milliards d’euros soit 44% de plus que les bénéfices réalisés. Et ce sont ces investissements qui sont porteurs de leur développement et donc des emplois potentiels.

ROE ou Retour sur capitaux propres.

Un autre ratio est souvent utilisé pour apprécier la rémunération actionnariale, c’est le ROE : Return On Equity ou retour sur capitaux propres et notamment pour les sociétés non cotées en bourse pour lesquelles on ne dispose pas de la capitalisation boursière. Il est important de noter que les capitaux propres représentent la valeur comptable de l’entreprise et non sa valeur de marché (montant actualisé investi dans l’entreprise). Le rapport entre capitalisation boursière et capitaux propres ( le Price to Book) des entreprises du CAC 40 est de 1,5. C’est à dire que la valeur de marché représente 1,5 fois les capitaux propres.  Le ROE du CAC 40 est de l’ordre de 6%, soit une rémunération sur le montant investi de 4% en 2015.

Au delà de la rentabilité actionnariale.

Les décisions stratégiques ou financières des entreprise ne sont donc pas exclusivement conditionnées par la recherche d’une rémunération toujours plus élevée des actionnaires. Ainsi la récente reprise de WHITE  WAVE par DANONE ne profitera pas dans un premier temps à ses actionnaires, compte tenu du prix élevé payé pour l’acquisition, mais conforte la position du groupe dans un marché porteur et une zone géographique où il était peu présent.

Il n’en reste pas moins vrai qu’il faut s’interroger sur la capacité des gouvernants et des acteurs économiques à  orienter leurs décisions vers des politiques économiques et financières qui pourront satisfaire les besoins vitaux des citoyens en termes d’emploi et de niveau de vie décent.

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