Entre défaut de conseil et inculture financière…

Il paraît que les Banques s’inquiètent de l’inculture financière des français (selon un colloque organisé par l’ AMF : autorité des marchés financiers, sur la commercialisation des produits financiers). Pour autant les intérêts des banques et de leurs clients divergent fortement, et leur offre n’est pas adaptée aux préoccupations d’épargne de leurs clients : priorité à l’épargne retraite pour 30% d’entre eux, et financer une aide pour la famille pour 37%. Face à des clients naïfs, incultes et insouciants, le conseil apporté par les banques est inexistant et surtout orienté vers les produits qui leur procurent le maximum de marge.

Faire confiance à votre banquier  peut vous coûter jusqu’à 19 milliards d’euros!

Les 3000 communes françaises qui ont souscrit sur les conseils de leurs banquiers des emprunts dits structurés et qu’on nomme aujourd’hui « toxiques » en savent quelque chose. Le coût de renégociation de ces emprunts aux conditions d’aujourd’hui avoisine les 19 milliards.

Ainsi celle de SAINT CAST le GUILDO, commune de 3200 habitants a contracté un emprunt pour 25 ans indexé sur le cours du franc suisse…qui porte aujourd’hui son taux d’intérêt à près de 15%. Un coût supplémentaire pour cette petite commune de 10 millions d’euros…La confiance aveugle dans les propositions de son banquier va lui coûter très cher…Et les propositions n’émanent pas de banques « exotiques » mais de celles qui se disent porteuses de  conseil et de bon sens ( Crédit Agricole, Caisse d’ Epargne, ou DEXIA), comme leurs publicités en attestent…

Insouciance et naïveté sont aussi les excuses des souscripteurs.

Lorsque votre banquier vous propose un crédit à taux fixe sur 20 ans (indexé sur le cours du franc suisse) , ou vous vous donnez bonne conscience en croyant qu’il est fixe et en oubliant l’indexation, ou vous acceptez l’indexation en  faisant semblant de croire que la hausse ne se produira jamais, dans les deux cas un déni de culture ( on dira de l’insouciance ou de la naïveté…). Comme les TPG : trésoriers payeurs généraux, les élus devraient être responsables sur leurs biens propres des décisions qu’ils prennent avec l’argent des contribuables (on aura probablement moins de candidats). La confiance ne peut excuser le manque de discernement à la lecture des conditions de l’offre.

Les banques elles-mêmes sont aussi imprudentes et mal conseillées.

JP MORGAN vient de subir une perte de trading de 2 milliards de dollars sur une opération de couverture… « Défaut de conseil ou inculture? ». Ou c’est une opération de couverture et il ne devrait pas y avoir de perte, puisque le gain sur les actifs couverts devrait la compenser, ou c’est une opération de spéculation et pourquoi l’appelle-t-on opération de couverture? Décidément entre défaut de conseil, inculture et dissimulation, la frontière est ténue.

L’inculture financière n’excuse pas tout.

On ne peut pas demander à tous un niveau de culture financière si celle -ci n’a pas été apportée par l’ école, la formation  ou l’expérience. Néanmoins la désinvolture, la crédulité et la cupidité ne sont pas excusables : désinvolture si on ne prend pas la peine de lire les termes du contrat, crédulité si on fait semblant de croire que les miracles existent et que l’on peut gagner beaucoup d’argent facilement ( il n’y a pas de Père Noël financier surtout parmi les banquiers), cupidité si on veut toujours avoir plus que ce qui est raisonnable.

Entre le temps et le risque.

En matière financière et pour les emprunts comme pour les placements, deux notions sont particulièrement importantes : le temps ou la durée et le risque. Ainsi le taux d’intérêt n’est pas le même à 3 mois ou à 10 ans, et on ne peut comparer les taux que sur des durées identiques. Avec ou sans risque le coût ou la rémunération ne peuvent être les mêmes. Espérer que l’on peut sans risque obtenir une rémunération meilleure que celle des autres produits non risqués est illusoire. Les banques appellent cela « l’axe des incompatibilités », on reconnait d’ailleurs là leur langage clair, entre la sécurité et la rentabilité des placements financiers. Autrement dit lorsqu’on vous propose un placement beaucoup plus rémunérateur que la plupart des autres, il y a nécessairement un risque élevé ou une arnaque ( obligations à haut rendement (junks bonds), pyramide de Ponzi, Madoff…).

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2 réponses à Entre défaut de conseil et inculture financière…

  1. OLIVIER dit :

    « les élus devraient être responsables sur leurs biens propres des décisions qu’ils prennent avec l’argent des contribuables (on aura probablement moins de candidats) »

    Je pense qu’on en aurait même plus du tout, car je ne vois pas bien un quidam se lançant dans l’aventure municipale et y engager ses biens. A moins que seuls les banquiers ne s’y lancent, nul doute alors qu’ils seraient bien plus prudents…
    Pour aller plus loin, pourquoi ne pas proposer que les staffs dirigeants des banques remboursent leurs erreurs jusqu’au dernier centime sur leurs bien propres, avant que le contribuable ne soit mis à contribution, on aurait alors aussi moins de candidats…
    Bien amicalement.
    Olivier

  2. Agfin dit :

    Pour votre information, le site de la finance pour tous (nouvelle version) travaille à la diffusion de l’éducation financière du public.
    Remède, peut-être, à l’inculture dont vous parlez.

    http://www.lafinancepourtous.com/

    Alexandre

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