Et si la Grèce quittait l’euro…

La réunion inopinée cette fin de semaine des ministres des finances de la zone euro, a relancé les spéculations sur une sortie de la Grèce de la zone euro et sur un possible rééchelonnement de sa dette. Une telle décision suffirait-elle à résoudre les problèmes actuels du pays et les effets pervers d’une dévaluation massive de la monnaie ne vont-ils pas pour longtemps pénaliser l’économie grecque?…

Une sortie de l’euro : plus de liberté, mais aussi plus de pression sur la monnaie et les taux.

En abandonnant la monnaie unique, la Grèce retrouverait bien sûr sa liberté en matière de taux de change et de niveau de déficit budgétaire. Pour autant le montant de la dette deviendrait vite insupportable et les taux d’intérêts imposés par le marché prohibitifs (le taux moyen actuel de la dette est de 4,7%).

Plus de liberté pour le déficit public.

En 2010 le déficit public grec a atteint 10,5% du PIB contre 9,4% attendus et 15,4% n 2009. La dette culmine à 142,8% du PIB. On est bien loin des objectifs fixés par le traité de Maastricht à 3% du PIB pour le déficit public et 60% du PIB pour la dette. Encore que ces objectifs ont été fixés arbitrairement sans aucune justification économique. Pour le moins l’objectif de solde des finances publiques devrait être l’équilibre budgétaire et donc un déficit proche de zéro. Car avec 3% de déficit annuel, la dette double tous les 23 ans…un bel héritage pour chaque génération future! Surtout lorsque que la croissance du PIB est inférieure à ces 3%, la dette en % du PIB augmente alors inéluctablement…La Gréce avait promis de réduire ce déficit à moins de 3% d’ ici à 2014 suite au programme d’aide de 110 milliards d’euros de l’UE et du FMI. Même si une sortie de l’euro permettait de reculer dans le temps cet objectif , le niveau atteint par la dette sera insupportable et la réduction du déficit inéluctable…Juste peut-être un peu de temps gagné…

Plus de liberté pour la monnaie :

En quittant l’euro la Gréce retrouverait la gestion de sa monnaie et pourrait en fixer le niveau par rapport au dollar et à l’euro. Une dévaluation compétitive en quelque sorte…Avec un taux d’inflation actuel de plus de 5% pour 2,8% en moyenne en zone euro, la hausse des prix serait rapidement accentuée par une crise de confiance dans la monnaie, des taux d’intérêts très élevés ( les taux à 5 ans sur le marché des CDS sont autour de 15%…), des prix des matières premières et des produits importés en forte hausse. Pas sûr que le consommateur grec y trouve son compte…même si les produits locaux deviennent plus compétitifs. Cette compétitivité accrue permettrait sans doute de relancer la croissance du PIB mais de façon ponctuelle et artificielle. La forte inflation relancerait vite les hausses de salaires et des coûts.

Un rééchelonnement inéluctable de la dette.

Une sortie de la zone euro, couperait la Grèce de toute possibilité de lever des fonds sur les marchés, et les prochaines échéances de la dette actuelle (25 milliards au 1er semestre 2012) ne pourraient pas être honorées. Le défaut de paiement deviendrait inéluctable et le remboursement de la dette aléatoire…Un coût énorme pour l’ensemble du secteur bancaire européen (de lourdes pertes sur leurs 250 milliards d’engagements).

Une situation compromise pour longtemps.

En situation de faillitte, avec des taux d’intérêts prohibitifs, une forte inflation, une monnaie qui se déprécie de jour en jour, et une croissance faible, sans compter une fuite des capitaux et une baisse des marchés boursiers…la Grèce mettra du temps pour se relever de cette situation même si dans un premier temps l’étau actuel semblera s’être desséré, elle n’échappera pas à des décisions rigoureuses et drastiques pour redresser ses finances.

Une baisse de l’euro en lieu et place d’une sortie de la zone des pays à risque (Irlande, Grèce, Portugal, Espagne …)?

Les problèmes actuels des pays en situation difficile sur leur endettement, ne peuvent se résoudre sans un niveau de croissance du PIB nettement plus élevé qu’aujourd’hui. C’est la croissance et non la seule rigueur, qui leur permettront de rééquilibrer les finances publiques et de réduire leurs déficits. Il serait donc souhaitable que le niveau de la monnaie en l’occurence aujourd’hui l’euro, ne s’apprécie pas au delà des gains de compétitivité de la zone. Il faudra sans nul doute trouver des mécanismes de fonctionnement à la fois des taux et de la politique monétaire pour éviter les écarts constatés sur les économies nationales en termes de croissance, inflation, déficits budgétaires, salaires, chômage, prix des actifs, fiscalité…

Quant à la Grèce, la lutte contre la fraude fiscale (20 milliards d’euros soit 10% du PIB) suffirait à elle seule à réduire à zéro le déficit budgétaire…une priorité nationale qui devrait être encouragée par l’Union européenne sous la forme d’une  réduction des taux des prêts accordés, en fonction des résultats obtenus…Le problème grec n’est pas un problème de dépenses mais un problème de recettes…

La part des dépenses publiques en % du PIB grec est de 53%, à peine supérieur à celles de la France et un peu au dessus de la moyenne de l’UE.

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Une réponse à Et si la Grèce quittait l’euro…

  1. René GRAU dit :

    Bjr et merci du papier sur la dette grecque, …, j’allais vous suggérer le sujet!
    Examiner la courbe des taux souverains grecs apporte qq enseignements implicites: le yield curve est bombé sur les maturités 2 et 3 ans, le 2 ans = 25%, le 3 ans = 24% tandis que le 10 ans est à « seulement  » 16%. Cela signifie implicitement que le marché attend un défaut pour 2013 ou 2014. Un calcul simplifié donne le taux de défaut implicitement intégré par le marché ( en prenant comme référence le taux allemand 2 ans soit 1.85%) et je trouve 38%.
    commentaire: je doute très fortement d’un défaut pur et simple de la grèce, cela entrainerait un désastreux effet domino sur les autres pays très endettés et surtout cela ne réglerait en rien les pb structuraux du pays. Cela n’apporterait qu’un soulagement de courte durée.
    Les valeurs moyennes grecques sont massacrées par les investisseurs ( ou devrais-je dire les désinvestisseurs!), je viens d’investir sur 4 de ces valeurs au bilan très sain et au chiffre d’affaire en croissance sur des secteurs d’activités favorables.

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