Il aura fallu que la Grèce recherche des fonds pour financer son déficit budgétaire pour que la spéculation se déchaine sur le Portugal et l'Espagne. Même si la Grèce est le maillon faible des PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne ( Spain)), le Portugal et l'Espagne vont devoir payer de plus en plus cher leurs émissions de titres. Pour la Grèce, le taux à 2 ans est maintenant de 6,5% (il était de 1,3% en octobre 2009!).
Avec un niveau de déficit budgétaire de 12,7% du PIB en 2009, et donc près de 53 milliards d'euros à financer pour le couvrir, la Grèce doit payer très cher pour emprunter sur les marchés même si à ces taux les investisseurs sont nombreux. Pour restaurer sa crédibilité, la Grèce devra prendre des mesures d'austérité en augmentant les impôts et en réduisant les dépenses. Ce n'est pas tant le niveau de la dette qui est important, mais la capacité à la rembourser (recettes fiscales en excédent) et à la financer (épargne disponible).
La capacité de remboursement de la Dette Publique :
Au delà de la seule relation entre le montant de la dette et le PIB, le rapport de la Dette aux recettes fiscales, mesure la capacité des Etats à augmenter si nécessaire celles-ci pour rembourser la dette. Plus le niveau des prélèvements obligatoires sur le PIB est élevé, moins la marge de manoeuvre existe pour les relever et rembourser la dette.
De ce point de vue la position de l'Italie n'est pas très favorable et le pays pourrait être le prochain sur la liste. La situation n'est pas non plus de ce côté brillante pour les USA ou le Royaume Uni…qui verront bien un jour se répercuter dans le coût de leur dette et leur rating, la relative faiblesse de leur capacité de remboursement. ¨Pour la Grèce, la Dette représente 125% du PIB et plus de 400% des recettes fiscales…La dette du Portugal représente 90% du PIB et 250% des recettes fiscales, quant à l'Espagne 75% du PIB et 200% des revenus fiscaux. La France qui a un taux de pression fiscale plus élevé est à ce titre à peine mieux placée… Seule la Chine est dans une situation enviable et bien meilleure que l'Inde…
C'est dire si tous ces pays devront prendre dès que possible des mesures de réduction de dépenses publiques, et d'assainissement de leurs finances en jettant aux oubliettes les promesses de réduction d'impôts. Il serait temps de pratiquer des politiques d'excédents budgétaires et de favoriser des politiques monétaires plus souples, qui tout en permettant aux banques de prêter plus dans l'économie réelle (avec des options de refinancement réservées) tout en les dissuadant d'utiliser ces ressources à bas coût pour rechercher des rendements démesurés dans des marchés dérivés dérégulés. Il faut mettre en place des politiques monétaires adaptées où les taux bas sont réservés à l'économie créatrice de richesses et imposer des taux dissuasifs pour contrer les bulles d'actifs (immobilier, matières de base, produits dérivés). Les politiques monétaires actuelles manquent sérieusement d'imagination quand la seule parade à la crise consiste à injecter sans discernement des liquidités sur tous les marchés, en quantité et en prix(taux d'intérêt)…La précipitation et la pression des décisions à prendre en pleine crise ne contribuent pas à faciliter une réflexion et une expérimentation pour la mise en oeuvre de politiques plus différenciées. En ce sens l'inadaptation criante d'une politique unique en zone euro, avec des économies qui divergent s'est révélée au grand jour avec la crise grecque.
Le manque de cohésion de la zone économique de la monnaie unique entraîne une désaffection pour l'euro.
Cet assainissement nécessaire des finances publiques ne pourra se faire que par des programmes de rigueur à imposer dans les pays concernés, et entraîneront une limitation de la croissance de la zone, défavorable à l'euro, les investisseurs préférant se placer dans les pays où les perspectives de croissance sont plus fortes…
La dette des pays de l'euro ne devrait pas poser de problème de financement.
Avec un taux d'épargne des plus élevé au monde, de plus de 15% du rervenu disponible, les pays de la zone euro disposent d'une source importante de financement interne de leurs dettes publiques. Ce n'est pas le cas des Etats Unis et de la Grande Bretagne qui avec des niveaux inférieurs à 5%, doivent compter sur le bon vouloir des non résidents pour financer leurs déficits…Les PIGS sont eux protégés du fait que leur dette libellée en euros est peu sensible aux risques monétaires. La situation de la Gréce est ainsi très loin de celle de l'Argentine en 2001 et le risque de défaillance encore très éloigné si les mesures d'austérité sont aplliquées.

