Si l’ INSEE confirme que la France est sortie de la récession, la crise n’est pas finie et le chômage va continuer à augmenter et avec lui les destructions d’emploi dans le secteur marchand. Avec près de 93.000 postes marchands détruits de Juillet à Septembre 2009, le pic des destructions d’emploi atteindra plus de 450.000 postes en 2009 et se poursuivra en 2010. Dans le même temps, le nombre de défaillances d’entreprises est en hausse de plus de 20% par rapport à 2008 et pourrait atteindre les 70.000 entreprises en 2009. Si la grande masse des défaillances est constituée de très petites entreprises récentes et des entreprises en pertes, des entreprises saines disparaîtront aussi, victimes d’un incident de paiement d’un de leurs clients.
La plupart des sociétés concernées sont mal structurées financièrement et surtout sous capitalisées.
La structure financière d’une entreprise détermine l’équilibre des ressources et des emplois financiers mis en oeuvre par l’entreprise. Les ressources financières sont décrites au Passif du Bilan indiquant quels acteurs économiques ont financé l’entreprise et pour quels montants. Ces ressources doivent être suffisantes pour couvrir les emplois financiers que sont les Investissements réalisés et les Besoins de financement de l’activité (notamment le crédit client). Le crédit accordé par une entreprise à ses clients mobilise donc d’une part des ressources financières, mais diffère le flux de trésorerie généré par l’activité. Lorsque le client est défaillant, le flux de trésorerie correspondant est perdu et l’entreprise elle-même peut se trouver en cessation de paiement.
Les retards de paiement sont à l’origine d’une défaillance sur quatre, et quand les retards dépassent 30 jours, la probabilité de voir le débiteur déposer le bilan est multipliée par six.
Les perspectives de croissance pour 2010 ne vont pas réduire les défaillances.
Dans les périodes de crise qui entraînent un accroissement des défaillances, les entreprises doivent accorder une attention et une surveillance accrue sur le crédit qu’elles accordent à leurs clientèle et sur la situation financière de leurs clients…
Les fournisseurs : banquiers de entreprises qui vont faire défaut!
Les fournisseurs sont beaucoup plus engagés que les banques dans le crédit aux entreprises défaillantes!… Ce qui traduit certes une volonté de leur part de poursuivre le plus longtemps possible la relation commerciale, mais aussi une absence de remise en cause avant qu’il ne soit trop tard, les entraînant souvent eux-même dans la chute…
Pour les fournisseurs des entreprises défaillantes, le coût annuel représente plus de 5 milliards d’euros d’encours impayés. Clairement dans les mois qui précèdent le défaut de paiement, les fournisseurs ont remplacé les banquiers dans le financement de ces entreprises. Selon la COFACE, “sur les 6 derniers mois, le crédit fournisseur représente les 2/3 du crédit obtenu par les entreprises défaillantes, le tiers restant étant à la charge des banques”…
Lorsque le crédit fournisseur représente plus d’un tiers du passif : il faut s’inquiéter!
Pour les entreprises, il y a trois possibilités de se financer : faire appel à ses actionnaires, à ses banquiers, ou à ses fournisseurs. Les entreprises saines font plutôt appel à leurs actionnaires et à leurs banquiers, les entreprises défaillantes n’ont souvent d’autre choix que de faire appel à leurs fournisseurs! Ceux-ci devraient donc s’en méfier et surveiller de près cette répartition…Le crédit fournisseur est quatre fois plus important dans les entreprises défaillantes.
Lorsque les capitaux propres sont très faibles : il faut se méfier!
Quand une entreprise ne dispose pas de fonds propres en quantité suffissante, elle doit alors faire appel soit à ses banquiers, soit à ses fournisseurs. Lorsque la baisse ou la faiblesse des capitaux propres est la conséquence de résultats (marges) insuffisants ou même négatifs, il est probable que l’entreprise ne pourra pas faire appel à ses banquiers (ses cash flow étant insuffisants aussi), et ce sont donc les fournisseurs qui supporteront le poids de l’endettement (voir paragraphe précédent!…).
Les capitaux propres sont 15 fois plus faibles dans les entreprises défaillantes.
Si l’entreprise fait appel à ses banquiers pour palier un niveau réduit de fonds propres, il faut s’assurer qu’elle est à la fois capable de payer les intérêts de sa dette et d’en rembourser le capital. C’est la marge tirée de son exploitation ( Excédent brut d’exploitation : EBE ou EBITDA) qui va lui permettre de payer les charges financières de son endettement dans la mesure où elle sera suffisante. On s’intéresse alors au ratio de couverture des frais financiers : Charges financières / EBE. Celui-ci doit être inférieur à 30%, dégageant ainsi une marge d’exploitation résiduelle indispensable pour couvrir le coût annualisé des investissements (les dotations aux amortissements), et préserver un résultat avant impôts minimum.
Au delà de 30% : il faut stopper le crédit fournisseur et exiger un paiement cash à la livraison des marchandises. Au delà de 50% il vaudrait mieux reprendre les marchandises déjà livrées car elles ne seront très probablement pas payées…En effet à ce stade l’ EBE étant certainement insuffisant pour rembourser la Dette, celle-ci va s’accroître entraînant l’entreprise dans une spirale de surendettement.
Le BILAN fournit des indicateurs d’alerte pertinents.
L’analyse financière entre les entreprises défaillantes et non défaillantes peut s’appuyer sur ces critères discriminants :
- Des capitaux propres inférieurs à 5% du Passif.
- Un crédit fournisseur représentant plus de 30% du Passif.
- Des Dettes fiscales et sociales de plus de 10% du même Passif.
Si deux de ces trois conditions sont réunies alors le risque de défaillance est élevé!



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