EDF est-elle trop endettée?…

Cette semaine, après avoir emprunté 3,2 milliards d'euros, EDF a demandé une hausse des tarifs de l'électricité en France de 20% pour ne plus s'endetter…

Alors EDF n'a-t-elle plus la capacité à s'endetter pour financer ses investissements?

Pour une entreprise, il faut analyser la capacité d'endettement liée au niveau d'endettement par rapport aux capitaux propres et la capacité de remboursement qui compare les ressources financières annuelles produites avec le montant de la dette.

Le financement des investissements et de l'activité est apporté par les actionnaires (capitaux proprres) et les banques ou les marchés (endetemment financier net).  Les capitaux propres ne sont pas exigibles, par contre l'endettement est à rembourser à chaque échéance et même exigible immédiatement en cas de non respect des covenants qui ont été acceptés et négociés lors de la mise en place des emprunts.

On comprend donc que plus une entreprise est endettée,  plus pèse sur elle un risque lié à sa capacité bien sûr à honorer les échéances de la dette, mais aussi à respecter les covenants qui sont très souvent liés à la marge opérationnelle ou aux cash flow générés par son activité. Avoir peu d'endettement confère à l' entreprise une indépendance et une liberté appréciables pour décider de ses investissements et des opérations de croissance extene.

Une légère dégradation des ratios d'endettement.

La dette financière d'EDF a augmenté en 2008 de 8 milliards d'euros mais les ratios d'endettement (gearing) et de capacité de remboursement restent satisfaisants.

Avec des capitaux propres de 24,842 milliards d'euros (  en baisse toutefois de 4 milliards par rapport à 2007 : EDF a subi aussi la crise des marchés financiers) son endettement financier net est de 39,7 milliards soit (( 25,584 milliards de dettes financières à long terme ( Passifs financiers non courants) + 18,958 milliards de dettes financières à court terme ( Passifs financiers non courants) – 5,869 milliards  de trésorerie disponible)) le gearing est de 160%.

GEARING =  Dettes financières nettes / Capitaux propres.  Idéal inférieur à 100%.

 Ce critère dépend bien entendu du secteur d'activité, et de son intensité capitalistique. Un gearing de 160% est à un niveau acceptable pour le secteur d'activité d'EDF. Quant à sa capacité de remboursement, avec un cash flow annuel de près de 8 milliards d'euros il faudrait environ 5 ans pour rembourser la totalité de la dette. Une durée qu'il faut mettre en parrallèle avec avec la durée de vie des centrales de production.

Capacité de remboursement =  Dettes financières nettes / Cash flow annuel.

Une réduction significative de la rentabilité!

Les flux de trésorerie générés par l'exploitation d'EDF sont en baisse de près de 3 milliards d'euros à 7,5 milliards. Car malgré une hausse de 4 milliards du Chiffre d'affaires l 'Excédent brut d'exploitation baisse de 1 milliard!

C'est de ce côté qu'il faut chercher la cause du souci d'augmenter les tarifs. En limite de capacité, lorsque la consommation augmente significativement lors d'un hiver rigoureux, il faut faire tourner les centrales les plus coûteuses et même acheter de l'énergie.

Une marge opérationnelle plus forte en France.

EDF est une entreprise internationale qui réalise 47% de son Chiffre d' Affaires hors de France!

La marge opérationnelle ( EBE / Chiffre d'affaires ) est de 26% en France mais seulement de  18% hors de France et même 11% aux Royaume-Uni. La marge opérationnelle étant calculée avant l'impact des investissements, EDF a sans doute un problème de tarifs en France mais aussi et surtout à l'étranger.

EBE = EBITDA : Excédent Brut d'Exploitation ou Earings Before Interest Taxes Depreciation Amortization.

Dans le compte de Résultat des entreprises, les coûts opérationnels sont représentés par :

  • Les coûts d' Achats de matières premières, de marchandises et approvisionnements.

  • Les coûts d' Achats des services (achats externes).

  • Les coûts de Personnel  (Salaires, Charges sociales et intéressement)

L'EBE ou L'EBITDA représentent la marge restante sur le Chiffre d'Affaires après prise en compte de ces coûts. Et donc avant l' impact des coûts annualisés des investissements (Dotations aux investissements) de la Dette ( Charges fiancières ) et de l'impôt ( impôt sur les bénéfices).

L'EBE ou EBITDA sont donc fortement impactés par les volumes, les prix (tarifs) et les coûts directement liés à l'exploitation.

Un cash flow insuffisant pour autofinancer ses projets d'investissements.

Avec un cash flow annuel de 8 milliards d'euros et 35 milliards d'investissement prévus  d'ici 2010, et compte tenu des remboursements à venir de la dette, et des versements de dividendes, EDF sera de toute façon contrainte d'emprunter encore…

Il est tout à fait normal de financer par emprunt une partie de ses investissements, à condition de maintenir la dette financière à un niveau acceptable à la fois avec celui des Fonds propres ( Capitaux propres) et des Cash flow ( Résultat net et Dotations aux amortissements) générés par l'exploitation.

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Une réponse à EDF est-elle trop endettée?…

  1. Martin dit :

    Tu es toujours aussi clair et pédagogue !
    Merci Jean Marie pour tes éclairages !

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